CONCOURS LITTÉRAIRE
SI J'ÉTAIS UN ENFANT TRAVAILLEUR.
200 MILLIONS DE RAISONS D'ÉCRIRE
Catégorie « Adulte »
Si j’étais un enfant travailleur par Caroline Beauchamp, Québec
Si j’étais un enfant travailleur
Je viendrais d’ailleurs
Soudan, Kazakhstan, Afghanistan
Je m’appellerais
Oumar, Yela, Serha
Mais qui s’en souviendrait?
Les miens sont morts, mon village a brûlé
On m’a vendu, pour une paire de souliers
Existe-il un ailleurs sans peur?
Si j’étais un enfant travailleur
On m’enverrait en mer
En usine, aux champs, sous terre
Je serais manoeuvre
Domestique, charbonnier, ouvrier
Je ne demande presque rien, j’obéis
Parce que moi, je suis tout petit
Existe-il un ailleurs meilleur?
Si j’étais un enfant travailleur
Je serais en vie
Affamé, illettré, enguenillé
Je mendierais
L’eau, le riz, le repos
À mes maîtres-bourreaux
Qui me font creuser l’ardoise, vendre des fruits
Et parfois même, porter un fusil
Existe-il un ailleurs sans peur?
Si j’étais un enfant travailleur
Je serais prisonnier
Violé, battu, méprisé
Je serais l’esclave
Religieux, sexuel, guerrier
Porteur de l’inconscience des Hommes
De leur folie, de leurs manques durement exprimés
En somme, une fleur mal aimée
Existe-il un ailleurs meilleur?
Si j’étais un enfant travailleur
Je voudrais m’enfuir
Courir, quitter, m’échapper
Je serais l’oiseau
Aigle, héron, goéland
Qui s’élance vers le ciel
Enfin insouciant, apaisé
Dans mon coeur, la paix pourrait s’installer
Existe-il un ailleurs sans peur?
Si j’étais un enfant travailleur
Que me resterait-il?
L’espoir de jours meilleurs
L’espoir d’une main tendue
Un arc-en-ciel dessiné au travers la mousson
Un arc-en-ciel bâti par d’autres Hommes
D’ici et d’ailleurs
Terre d’accueil
Terre d’espoir
Pour moi, un ailleurs meilleur
Un ailleurs sans peur
Mais pour mes 218 millions de frères et sœurs travailleurs?
Catégorie Jeunesse
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