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JOURNÉE DU 12JUIN 2010

TEXTES GAGNANTS

TÉMOIGNAGES D'ENFANTS

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TÉMOIGNAGES D'ENFANTS

Kushi Ram

Je me souviens du jour où j’ai été rouée de coups par Raja Ram. Mon père était travailleur asservi dans sa maison. Quand on m’a demandé de travailler, j’ai refusé, mais on m’y a forcé. J’ai dit que j’étais très jeune et incapable de faire un travail si dur, mais il m’a forcée et m’a dit que je n’avais pas le choix. Je me suis enfuie, mais j’ai été rattrapée à la frontière et ramenée ici. Il m’a battue jusqu’à ce que mon corps soit enflé de partout et que je sois incapable de me lever pendant quatre jours. Quand on m’a ramenée, il m’a menacée. Il a dit qu’il me tuerait et me jetterait dans la rivière si j’essayais de m’enfuir.

Rachel

J'étais chez ma mère, nous étions deux enfants. Ma mère est morte subitement, j'avais 10 ans. Ma tante m'a confiée à une marchande de charbon. Je devais m'occuper de ses 4 enfants, faire la vaisselle et surtout porter l'eau de la fontaine à la maison chaque jour des dizaines de fois pour les besoins du ménage, la lessive, le bain de toute la famille. La patronne ne me donnait pas toujours à manger ou seulement le soir. Je devais mendier en allant chercher de l'eau pour ne pas tomber. Elle me battait souvent, parfois même parce qu'elle n'avait pas vendu son charbon. Toute sa mauvaise humeur se déversait sur moi. Je n'avais pas le droit de dormir à l'intérieur de la maison. Je dormais sur la galerie avec pour tout lit un sac de charbon. J'avais peur parce qu'il y avait beaucoup de bandits et on entendait des bruits d'armes à feu. J'avais aussi froid. A l'aube (4 heures du matin) la patronne me faisait préparer le déjeuner de tout le monde, déjeuner auquel je n'avais pas droit. J'avais tellement faim que souvent les voisins avaient pitié de moi et me donnaient quelque chose. La patronne était fâchée et me tapait la tête contre les murs. Je n'avais même pas de savon pour laver mes habits et même pas de chaussures. J'allais pieds nus, sale, affamée et pourtant, je ne suis pas une malpropre, non!! La semaine dernière elle m'a brûlée avec un tison, voilà la cicatrice. Je me suis dit que cette femme allait finir par me tuer, j'ai fugué. La police m'a recueillie et amenée à l'Escale où j'ai dormi sur un lit pour la première fois de ma vie.

Jeune prostituée

Alors, il (son père) m'a emmenée à Tai-Pei, et m'a vendue à une tenancière de bordel. J'avais juste 13 ans et je ne savais pas ce qui m'arrivait. Cette femme m'a dit qu'on attendait de moi que je couche avec des hommes. Si je n'obéissais pas à ce qu'elle me demandait, j'étais battue ou violée par les gardes (...). J'étais obligée de recevoir plus de trente hommes par jour, et je n'avais jamais de repos.

Ramu

Tous les matins, je fais 3 kilomètres à pied pour aller travailler dans une carrière de pierres. Mes parents ont emprunté de l’argent à mon employeur et pour rembourser leur dette, mon frère et moi devons travailler à la carrière de pierres tous les jours. Je soulève de grosses pierres et je les porte sur ma tête pendant plusieurs heures. À midi, nous ne mangeons qu’un bol de riz que mes parents ont préparé. Très souvent, nous nous faisons battre par les contremaîtres. Dès que nous faisons une erreur, nous nous faisons battre. Un jour, j’étais trop fatigué et malade, et je n’ai pas pu aller travailler. Mon employeur a alors envoyé des hommes à la maison pour menacer ma famille. Ils nous ont dit que si je ne retournais pas travailler, ils enlèveraient ma petite sœur de 4 ans. J’ai donc été obligé de retourner à la carrière de pierres malgré ma faiblesse.

Yela

Je ne connais pas mon âge, car je ne sais ni lire ni écrire, mais les gens qui m’ont recueilli à la maison Arc-en-ciel me disent que j’ai à peu près 7 ans. Avant d’être recueillie au centre, j’ai été esclave dans une famille pendant plusieurs années. Je devais me lever très tôt le matin et faire plusieurs kilomètres à pieds pour aller couper du bois dans la forêt. Je devais me cacher des gardes forestiers, car ce que je faisais est interdit et si les gardes m’avaient trouvée, ils m’auraient battue. Je marchais aussi tous les jours très longtemps pour aller chercher de l’eau au puit. J’ai toujours eu peur de tomber dans le puit, car il n’y a rien pour me retenir. Chaque jour, à la maison, je devais aussi allumer le feu et préparer le souper. Pendant que la famille mangeait, moi, je devais faire le ménage. Une fois que j’avais terminé le ménage, je n’avais droit qu’à manger les restes de la famille. Tous les soirs, je dormais par terre et je n’avais même pas le droit d’utiliser l’eau de la famille pour me laver. Je devais me laver dans le ruisseau qui est très loin de la maison. Ma mère m’a envoyée travailler dans cette famille, car elle n’avait pas plus d’argent pour me nourrir et elle pensait que là-bas, je serais éduquée et bien nourrie. Je n’ose pas retourner la voir et lui dire la vérité.

Susan

Un garçon avait essayé de s'échapper (des rebelles), mais il avait été pris... Ses mains étaient liées, et ils nous ont fait le tuer, nous, les nouveaux prisonniers, le tuer avec des bâtons. Je me sentais mal. Je connaissais ce garçon d'avant. Nous étions du même village. J'ai refusé de le tuer et ils m'ont dit qu'ils me tueraient. Ils ont dirigé leurs fusils vers moi, et j'ai dû le faire. Le garçon me demandait: "pourquoi tu fais ça?" Je lui ai dit que je n'avais pas le choix. Après l'avoir tué, ils nous ont fait étaler son sang sur nos bras... Ils disaient que nous devions le faire afin de ne pas avoir peur de la mort et qu'ainsi nous n'essayerions pas de nous échapper... Je rêve encore du garçon que j'ai tué. Je le vois dans mes rêves, et il me parle et me dit que je l'ai tué pour rien, et je pleure.

Serha

Je travaille dans les mines d'ardoises. J'y vais le matin à 6 heures et je casse les pierres sans arrêt jusqu'à midi pour 3 roupies. L'après-midi, je vais dans un atelier pour le sciage des ardoises et je gagne 3 roupies de plus. C'est moins fatiguant, mais on est toujours dans la poussière. Ici, plus de la moitié des ouvriers sont des enfants. On travaille sept ou huit ans puis on tombe malade. La poussière de la pierre attaque les poumons et, très vite, on ne peut plus respirer: ils appellent ça la silicose et on ne peut pas guérir.

Simon Deng

J'ai été une victime de l'esclavage arabe au Soudan. A neuf ans, mon village a été pillé par les troupes arabes payées par Khartoum. Alors que je courais me réfugier dans la savane pour échapper au massacre, j'ai vu mes amis d'enfance se faire abattre. Les vieux et les malades étaient brûlés vifs dans leur hutte. Les troupes arabes ont fini par me trouver. J'ai été enlevé et donné à une famille arabe comme "cadeau". Quand vous me regardez, mesdames et messieurs, voyez-vous un cadeau ? Est ce que je ressemble à un objet ou à un produit ?

J'ai été un enfant esclave pendant plusieurs années. J'ai été battu à maintes reprises pour un oui ou pour un non. Parfois même par caprice des enfants de mon "maître". Je travaillais durement et j'ai dû subir de nombreuses humiliations. Alors que j'avais été un enfant adoré dans ma famille, j'ai dû m'habituer à dormir avec les animaux et à nettoyer la terre où je dormais. Je ne mangeais que les restes dans les plats de mon "maître". Je me levais le premier et me couchais le dernier, après avoir accompli toutes les tâches domestiques. La vie d'un esclave est comme l'enfer, mais il n'y a aucune honte à avoir été un esclave : ce n'est pas un choix. Celui qui devrait avoir honte, c'est celui qui s'est proclamé le "maître". Si quelqu'un doit ressentir de la honte, ce sont les intégristes musulmans du régime de Khartoum et leurs alliés dans le monde musulman. Il est important de ne jamais oublier que les chrétiens africains du Soudan méridional sont victimes de l'islamisme. La guerre contre nous a été et reste conduite au nom du djihad.

Shankar

Mes parents m’ont envoyé travailler sur un bateau, car ils pensaient que j’y apprendrais un métier. Je n’ai jamais appris de métier, car je suis obligé de nettoyer les machines des bateaux. Mon employeur et les autres membres de l’équipe me battent constamment, pour tout et pour rien. Un jour, mon employeur m’a demandé de nettoyer une machine alors que le bateau était encore en marche. J’ai refusé et il a menacé de me battre, alors je lui ai obéi. En nettoyant la machine, je me suis sectionné 3 doigts. J’avais très mal, mais mon employeur m’a dit que ce n’était pas grave et il a refusé de me donner des soins. Je me suis alors enfui et j’ai marché pendant plusieurs jours avant de retrouver mon village.