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Imaginez un monde où l'on respecte le droit de chaque enfant à la santé, à une bonne nutrition et à une éducation de qualité, où une protection spéciale est accordée aux plus défavorisés et handicapés de nos enfants, y compris ceux qui sont aux prises avec les conflits armés, les catastrophes naturelles, l'extrême pauvreté et toutes les formes de violence; un monde où l'éducation des enfants est un processus global et permanent, et où le droit des adolescents à la santé et au développement reçoit toute l'attention qu'il mérite.

Un monde, en bref, qui fasse passer en premier l'intérêt supérieur de l'enfant.

-- UNICEF

 

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31 janvier 2006

Bonjour tout le monde,

Ces derniers temps, je me sentais un peu inutile à Vizianagaram même si j'étais débordée de travail (comme tout le monde). Je me sentais un peu loin de la cause que je défends, peut-être que j'avais trop la tête dans les dossiers.....

Et puis, comme par miracle, l’inspiration est revenue, mais qu’est-ce qui a provoqué ce changement? La rencontre avec 2 enfants qui gardaient des buffles sur la route, alors que nous revenions d’un village en voiture.

Je les ai vus travailler, j’ai vu les haillons qu’ils portaient sur le dos, leur visage couvert de crasse, leurs jambes pleines d’égratignures. J’ai vu aussi leurs yeux briller quand on leur a parlé d’école, le plus petit des garçons se mettait sur la pointe des pieds et mettait sa tête à travers la vitre de la voiture, et nous disait : « Oui, oui, je veux aller à l’école »

Cette rencontre a changé leur vie, jamais ils n’auraient pensé que 2 semaines plus tard ils seraient assis dans une salle de classe, qu’ils auraient 3 bons repas par jour et qu’ils porteraient de beaux vêtements. Leurs parents non plus ne se doutaient pas que des étrangers viendraient leur proposer de scolariser leurs enfants gratuitement dans un centre qui s’appelle le Rainbow Center.

Pourquoi est-ce que ce sont ces 2 garçons que nous avons croisés et pas d’autres? Pourquoi se trouvaient-ils sur notre route? Hasard ou destinée? J’en sais rien, ce que je sais c’est que j’ai la chance d’assister à de vrais miracles et j’ai vraiment la certitude que l’AIPE change la vie de certains enfants.

Le plus petit, Isarrao, qui est minuscule, jouait les durs quand il est arrivé, les bras toujours croisés, l’air renfrogné. Maintenant il est toujours près de nous à attendre une caresse ou un sourire. Quand on voit leurs yeux qui brillent à la vue de nouveaux vêtements, leur sourire s’épanouir sur leur visage, quand on les voit se lever à 4h du matin de leur propre initiative pour réviser leurs examens, alors on a envie de continuer à se battre contre le travail des enfants.

En ce moment, sans l’avoir décidé ni planifié nous faisons de la zoothérapie. Cindy a remarqué un chien qui était très gentil mais qui est en manque d’affection, comme tous les enfants que nos hébergeons. En Inde, les démonstrations d’affection et de tendresse sont très rares. Résultat, les enfants n’ont pas l’habitude de se faire caresser et câliner, alors encore moins les chiens!!! À la grande surprise des enfants, Cindy a caressé le chien sans se faire mordre. Ils ont voulu faire la même chose. On leur apprend donc comment donner des caresses (eux qui n’en ont jamais reçues). Ils sont très maladroits, mais heureusement le chien est patient!

Les adolescents du monde entier se ressemblent et passent par les mêmes étapes, c’est bon de voir que les nôtres sont tout à fait normaux, même si cela nous demande certains ajustements… Et oui, une fille et un garçon d’environ 14 ans se regardent avec des yeux doux et trouvent toujours le moyen de se mettre ensemble pour étudier. Bien sûr, comparativement à ce qu’on peut voir en Occident, ici les flirts restent très chastes! Ils sont mignons à voir, mais une
formation sur la sexualité et la grossesse va être donnée bientôt!!

En ce moment nous travaillons très fort pour sensibiliser la communauté sur les droits des femmes en Inde. Nous avons pris cette initiative car plusieurs garçons du centre refusent d’aider les filles aux tâches ménagères. Pour responsabiliser les enfants, on leur demande de participer aux activités et d’aider le personnel qui s’occupe du ménage et de la cuisine. Malheureusement, plusieurs garçons refusent de faire des tâches qu’ils considèrent comme dégradantes et seulement réservées aux femmes. Évidemment, nous avons beaucoup discuté avec eux pour leur faire comprendre que les femmes et les hommes sont égaux... en tout! Mais comment les faire changer d’avis quand dans leur communauté les adultes eux-mêmes pensent pareil? Il y a beaucoup de progrès à faire dans ce sens, et la prochaine réunion de parents sera sur les droits de la femme en Inde.

Les formations sur l’hygiène, le contrôle des naissances et le Sida ont été très appréciées par les parents. Ils ne savaient pas qu’ils pouvaient se fournir des seringues neuves pour seulement 1 Rs. Ils ne savaient pas non plus que plusieurs naissances pouvaient avoir un impact négatif sur leur santé, surtout quand la femme est trop jeune ou trop âgée. Un des arguments que l'on donne contre le mariage précoce est le fait que la jeune fille puisse avoir un accouchement difficile, car son corps n'est pas prêt, et qu'elle peut tomber très malade (et donc des dépenses en plus pour le docteur et les médicaments). Un parent a dit qu’il n’avait pas le temps de s’occuper de son hygiène car il fallait qu’il travaille pour gagner sa vie, alors l’infirmière lui a répondu que s’il s’occupait de sa santé, il n’aurait plus à dépenser de l’argent pour acheter des médicaments.

En faisant l’identification des enfants nous nous sommes aperçus que la plupart des parents s’étaient endettés pour des raisons de santé (achat de médicaments, honoraire d’un médecin, ou opération). Comme quoi l’éducation est un bon moyen de réduire la pauvreté !

C’est plaisant de voir à quel point les chefs de village s'impliquent dans le projet, jusqu'à maintenant ils ont tous participé à l'identification des enfants de leur village. J'ai l'impression que comme le projet s'agrandit, ils nous font plus confiance. Par contre, il faut rester très vigilant, on nous réfère souvent des enfants qui ne travaillent pas. Nous avons donc changé notre stratégie d'identification, maintenant on demande directement à l'enfant de parler et de nous raconter son travail, avec des questions très simples (Qu'est-ce que tu fais pendant la journée ? Où est-ce que tu travailles ? À quelle heure est-ce que tu commences, etc...) L’entrevue dure donc plus longtemps, cela nous a pris 2 h pour identifier 4 enfants, mais cela nous a permit de ne pas prendre 2 enfants qui passaient leur journée à jouer sur la plage!

La construction du building avance à grands pas, leurs outils datent de la Préhistoire, mais ils travaillent vite. D'ici quelques semaines la Maison Arc-en-Ciel comptera 60 enfants.

Voilà pour les nouvelles!
Je vous revois bientôt,

Roxana

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