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Forum Social Mondial de Dakar: les enfants travailleurs africains mobilisés pour le respect de leurs droitspar Arianne Cardinal, février 2011 Du 6 au 11 février dernier s'est tenue la 10e édition du Forum social mondial (FSM). Cette année, pour souligner les 10 ans de l'événement international, le rendez-vous des altermondialistes avait lieu à Dakar, capitale du Sénégal. Les forums sociaux mondiauxAvec pour slogan «un autre monde est possible», les forums sociaux sont nés d'un besoin de crier haut et fort un refus face à la mondialisation néolibérale présentée depuis les années 80 comme la seule option possible. Ainsi, en 2001, des individus, étudiants, chercheurs, activistes, mouvements sociaux, paysans, et groupes de femmes de partout sur la planète ont décidé de se donner un espace pour se rencontrer et échanger (d'abord en marge du Forum économique de Davos, où les puissances décident des lois du marché, puis, de façon plus autonome). Aussi, depuis maintenant 10 ans, des gens de tous horizons et de partout se réunissent chaque année dans un pays du Sud différent afin d'élaborer des stratégies d'action communes. Tout un défi, avec tant de diversité dans les groupes, les luttes et les contextes, alors que le seul point de convergence est cette idée qu'un autre monde est possible, ou que d'autres mondes sont possibles (expression de plus en plus utilisée ces dernières années pour défendre la diversité des initiatives et des visions de développement). En savoir plus sur la mouvance des mouvements sociaux Site de la délégation québécoise YMCA-UniAlter Migrations et souveraineté alimentaireCette année, les organisateurs de l'événement estiment à près de 120 000 le nombre de participants, en provenance de 143 pays. Une des thématiques majeures de ce second forum en terre africaine a été la question des migrations et du droit à la mobilité - alors que les africains ont toutes les misères du monde à circuler sur leur propre continent, que ce soit pour affaire, des raisons familiales ou pour voyager, ce sans compter les entraves et le profilage racial auxquels ils font face lorsqu'ils tentent d'immigrer en Europe ou en Amérique, dans l'espoir d'une vie meilleure. Une autre thématique majeure du forum a été la question de la souveraineté alimentaire - la faim reste un problème majeur de l'Afrique et a de multiples causes, dont l'accaparement des terres cultivables par des entreprises étrangères ou nationales ou par de grands propriétaires nationaux.
Une jeunesse engagée qui étouffeAlors que 50% des Sénégalais ont moins de 18 ans, la jeunesse était fortement présente dans cette édition, tant à l'intérieur qu'en marge du forum, lors de rencontres informelles avec les Sénégalais, qu'ils soient étudiants de l'Université Cheik Anta Diop (accueillant le forum 2011) ou pas. On la sentait bouillonnante: souriante, accueillante, chantante, dansante, mais prête à exploser. La star ivoirienne Tiken Jah Fakoly le chante: «Ouvrez la porte, ici la jeunesse étouffe, ne vois-tu pas que pour nous c'est vital!». La jeunesse semble étouffer et presqu'en colère. En colère du manque d'opportunités, du manque de services (le président fait plutôt construire d'immenses monuments à sa gloire), du manque d'accès à l'éducation (voir Le cri du coeur des jeunes sénégalais), du manque de place dans les universités (parfois plus de 500 étudiants dans des salles de classes conçues pour 200, et 7 à 15 personnes peuvent loger dans une chambre de résidence universitaire), du manque d'emplois à leur sortie. Guiénolé Gabriel, un jeune Sénégalais de Thiès, m'explique que les jeunes se rabattent sur le hip-hop ou sur la lutte, pour canaliser leur colère. Plusieurs tentent d'aller en Europe en pirogue, ce qui est extrêmement dangereux. Certains partent en mer pour les États-Unis, alors que c'est la mort assurée. C'est dire leur désespoir.
Face au désengagement de l'État sénégalais, les gens s'organisent et s'entraident pour survivre. Par exemple, les YMCA du Sénégal vivent grâce à l'engagement bénévole de leurs membres. «En grandissant, on en vient à prendre plus de responsabilités et à tenir le rôle de grand-frère [ou de mentor] pour les plus jeunes» m'explique El Hadji, un étudiant de 22 ans, membre actif du YMCA Dakar.
Le Mouvement africain des enfants et jeunes travailleursSur le site du Forum, plusieurs ONG locales ou régionales tiennent des kiosques. C'est le cas du Mouvement africain des enfants et jeunes travailleurs (MAEJT), présent dans 21 pays d'Afrique et comptant 80 773 membres (tous enfants ou jeunes travailleurs). Le MAEJT est très particulier car il est né de la volonté de jeunes travailleuses domestiques qui ont ressenti le besoin de s'associer à d'autres enfants travailleurs, pour faire défendre leurs droits. Le mouvement a aujourd'hui des groupes locaux dans plusieurs villes et villages, et a pour mission d'éduquer et d'outiller les enfants et jeunes travailleurs quant à leurs droits, des droits qu'ils ont énoncés en 1994 lors d'une première rencontre régionale, à l'issue de nombreuses marches et d'un travail de terrain pour rejoindre les enfants qui travaillent. Voici les 12 droits identifiés:
Les principaux acteurs qui animent la vie du MAEJT sont les enfants et jeunes, principalement des apprentis-artisans, employés domestiques, petits vendeurs, cireurs de chaussure, pousse-pousseurs et agriculteurs. Bien qu'ils favorisent la scolarisation de tous les enfants, ils ne sont pas CONTRE le fait de travailler, car ils disent ne pas avoir le choix, pour aider leur famille ou pour survivre. Ce mouvement est donc pragmatique, car il prend en considération la réalité et les besoins exprimés par les enfants travailleurs eux-mêmes. «S'il est un droit que les jeunes réclament particulièrement, c'est celui d'être écoutés, respectés et pris au sérieux. Ils refusent que des adultes, si bien intentionnés soient-ils, parlent sans cesse en leur nom. Avec cette revendication première, il se pourrait bien que les jeunes aient identifié la stratégie la plus efficace pour faire cesser l'exploitation dont ils sont victimes. Car dès lors qu'ils commencent à être conscients de leurs droits, qu'ils en discutent entre eux, qu'ils s'organisent pour les défendre, qu'ils en parlent à des personnes de leur communauté ou à des ONG - lesquelles pourront faciliter les contacts avec les autorités - ils cessent d'être exploitables à merci. » (Frédérico Mayor, In Voix des enfants d'afrique, MAEJT, 1999) |