Par Lindsey Myers

Traduit de la publication originale en anglais

Trouver du réconfort pour les proches des personnes disparues durant cette pandémie est un problème auquel la société n’a jamais pensé devoir faire face. Alors que rester à la maison réduit les risques de contracter COVID-19, cette situation met cependant des milliers d’enfants plus à risque d’exploitation et de maltraitance dans certaines régions du monde (Unicef, 2020).

Bon nombre de déclarations ont traité de la vulnérabilité des personnes âgées à contracter la COVID-19, mais peu ont traité de la vulnérabilité des enfants. À un âge jeune, les enfants ont vu leur vie, leurs routines et leurs interactions sociales se transformer radicalement. Ils ont dû s’isoler, étudier à la maison et s’adapter à un environnement rempli d’inquiétudes, de stress, d’isolement et parfois de violence. Que les enfants en fassent l’expérience directement ou qu’ils l’observent entre leurs parents, la violence est présente dans plusieurs foyers partout dans le monde. C’est le cas plus particulièrement en Asie du Sud, où 64% des enfants subissent des violences graves. (UNICEF, 2020)

L’Organisation mondiale de la santé a également déclaré que la présence des enfants à la maison et leur présence accrue en ligne, notamment sur les réseaux sociaux, les ont rendus plus vulnérables et exposés à la cyberintimidation et à l’exploitation sexuelle (OMS, 2020).

Tous ces problèmes constituent un enjeu mondial particulièrement répandu au Canada, en Inde, en Thaïlande et en Haïti, où l’Aide internationale pour l’enfance (AIPE) travaille aux côtés de ses partenaires.

Par exemple, en Inde, avec l’augmentation importante des cas de COVID-19, la question de savoir si la main-d’œuvre peut répondre aux besoins de la production et de la livraison de masse, et à faible coût, se pose (Outlook, avril 2020). Cela amène les enfants et les adolescents dans des situations de danger et d’exposition supplémentaires, avec des menaces de faim, d’esclavage et de traite des êtres humains. Ces enfants ne pourront plus étudier à distance ou à l’école comme le peuvent de nombreux enfants à travers le monde, mais ils seront obligés de travailler pour gagner peu ou rien du tout, tout en subissant des violences physiques, mentales et sexuelles.

Dans ce contexte, il y a une préoccupation grandissante que de jeunes filles soient introduites dans le monde du trafic sexuel. Alors que ces problèmes étaient déjà très préoccupants et prégnants dans le monde avant le début de la pandémie, ces derniers prennent une tout autre ampleur avec les enjeux liés à la propagation du virus et des mesures de confinement. Ainsi, aujourd’hui, les jeunes filles courent encore plus de risques d’être mariées, achetées et vendues à des fins d’exploitation sexuelle. La Fondation Reuters aborde d’ailleurs cette question, déclarant notamment que, à travers le monde, quatre millions de jeunes filles risquent d’être mariées au cours des deux prochaines années en raison de la nouvelle pandémie de coronavirus (Reuters, avril 2020).

Ces problèmes s’accélèrent à un rythme dangereusement alarmant, tout comme le problème de la pornographie enfantine. Par exemple, depuis le début de la pandémie, lorsque l’isolement physique a été prescrit comme moyen de contenir la propagation du COVID-19, l’achalandage vers le site pornographique Pornhub a augmenté de 12% (The Guardian, 2020). Cette augmentation est très préoccupante au vu des dénonciations menées par des militants et des députés sur l’inaction de Pornhub face à la prolifération de vidéos présentant des viols non consensuels ou de l’inceste sur ses pages. Il est impératif d’examiner de plus près les pays les plus touchés par cette pandémie et d’essayer de sensibiliser la population. La pandémie étant particulièrement préoccupante dans les pays du Sud, il faut mettre en œuvre de nouvelles mesures et envisager différentes solutions pour garantir une protection maximale aux enfants en temps de crise et dans le futur.

Pendant ce temps, en Alberta, au Canada, on retire des constats positifs. En effet, en ce qui a trait aux enfants disparus, le nombre est à la baisse depuis le début de la pandémie. Selon un membre de la GRC travaillant directement avec la Société pour les enfants disparus du Canada, «Depuis le 1er mars, les cas d’enlèvement parental ont diminué de 50% et les fugues ont diminué de 17%» (CTV News, 2020). Malgré que ces résultats prouvent que les cas d’adolescents et d’enfants disparus n’ont pas augmenté pour l’instant, il faut néanmoins poursuivre nos recherches, mais aussi mettre davantage l’accent sur les vulnérabilités des enfants qui sont présents dans nos vies.

Même si le nombre d’enfants portés disparus n’a pas augmenté au Canada depuis que la pandémie est devenue préoccupante, il demeure important de réfléchir à l’importance des personnes touchées; la disparition d’enfants et les retrouvailles de ceux qui ont pu être retrouvés. Nous devons prendre du temps pour réfléchir et rendre hommage à ces enfants et à leurs familles. C’est pourquoi, depuis 1998, les collaborateurs du Centre international pour les enfants disparus et exploités (ICMEC) et le Centre national américain pour les enfants disparus et exploités (NCMEC), le Global Missing Children’s Network (GMCN), ont célébré le 25 mai comme la Journée internationale des enfants disparus. Alors qu’une grande partie du monde se concentre sur cette pandémie, il demeure important que nous rendions hommage à ceux qui ont perdu un être cher, à ceux qui recherchent et à ceux qui ont la chance d’avoir retrouvé leurs proches. Même s’il n’y a pas encore de preuves suggérant la relation entre le nombre de cas de fugues et le confinement, il s’agit d’une possibilité due à la violence au foyer qui augmente dans ce contexte.

Les enfants sont des êtres vulnérables. Les enfants qui disparaissent, qui s’enfuient, ainsi que ceux qui sont exploités. C’est pourquoi l’Aide internationale pour l’enfance (AIPE) lutte contre cette exploitation, et elle le fait dans le monde entier. Les droits des enfants sont au premier plan de la mission de l’AIPE et des projets auxquels elle a participé au cours des 20 dernières années. Les enfants doivent être protégés et doivent avoir accès à la vie et dignité qu’ils méritent.

En cette période difficile, le monde doit prendre conscience des problèmes auxquels nos jeunes font face. Nous devons veiller à ce qu’ils bénéficient d’amour, de protection et de liberté à une époque où le monde est plein de négativité et d’incertitude. Le monde a évidemment changé, dans la façon dont nous vivons, dans la façon dont nous communiquons entre nous, et maintenant plus que jamais, nous sommes dans une période de transition. Faisons en sorte que durant cette période agitée, nos enfants se sentent en sécurité, contents et à l’aise.

Références

Batha, Emma. 14 mai 2020. “Coronavirus puts four million girls at risk of child marriage” Thomson Reuters Foundation. https://www.reuters.com/places/africa/article/us-health-coronavirus-childmarriage-trfn/coronavirus-puts-four-million-girls-at-risk-of-child-marriage-idUSKBN22Q3P6

Chopra, Niharika. 13 avril 2020. “The Cost Of COVID-19 Lockdown: Rise In Bonded Labour And Human Trafficking In India” Outlook India. https://www.outlookindia.com/website/story/opinion-covid19-lockdown-and-the-rise-of-bonded-labour-and-human-trafficking-in-india/350662

Grant, Harriet. 25 mars 2020. “Urgent action needed as rise in porn site traffic raises abuse fears, say MPs” The Guardian https://www.theguardian.com/global-development/2020/mar/25/urgent-action-needed-as-spike-in-porn-site-traffic-raises-abuse-fears-say-mps

Thomas, Stephanie. 17 avril 2020. “Children still vulnerable to parental abduction, running away amid pandemic: MCSC” CTV News https://calgary.ctvnews.ca/children-still-vulnerable-to-parental-abduction-running-away-amid-pandemic-mcsc-1.49006755

UNICEF. 20 mars 2020. “COVID-19: Children at heightened risk of abuse, neglect, exploitation and violence amidst intensifying containment measures” https://www.unicef.org/press-releases/covid-19-children-heightened-risk-abuse-neglect-exploitation-and-violence-amidst

UNICEF. “End Violence Against Children” https://www.unicef.org/india/what-we-do/end-violence-against-children

World Health Organization. 8 avril 2020. “Joint Leaders’ statement – Violence against children: A hidden crisis of the COVID-19 pandemic” https://www.who.int/news-room/detail/08-04-2020-joint-leader-s-statement—violence-against-children-a-hidden-crisis-of-the-covid-19-pandemic

Zeidler, Maryse. 5 avril 2020. “How to talk to teens about the COVID-19 pandemic” CBC  https://www.cbc.ca/news/canada/british-columbia/teens-coronavirus-1.5522409